Mon mec est flic

Mon mec est flic. Et moi, je suis journaliste. On dirait un scénario de film US, avec Megan Fox en vedette. On combattrait le crime ensemble, on ferait éclater la vérité ! Mouais sauf que dans la vraie vie il bosse à Police Secours et moi pour un site pour enfants. On sauvera le monde une autre fois, tant pis.

Accepter le métier de l’autre

Quand on s’est rencontrés, il finissait son école de police, je ne pouvais pas vraiment faire comme si je ne savais pas et hurler au complot. « De quoi, tu es flic et tu me l’as pas dit ?! » Même pas. J’ai signé en connaissance de cause. C’est d’ailleurs l’une des premières choses qu’il m’a dit : « je suis policier ». Ça n’a joué ni en sa faveur, ni en sa défaveur. Je l’ai pris tout entier, avec son boulot pas tout à fait comme les autres.

Sorti major de promo, il a pu choisir son commissariat et impressionner ma mère au passage. Ça valait le coup de pourrir nos week-ends avec ses révisions du Code Pénal ! Son commico est loin de la maison, à l’autre bout du département. Oui, parce qu’au cas où vous habiteriez dans une grotte, les flics n’ont pas trop la cote en ce moment. Il n’avait pas trop envie de croiser des gens qu’il avait arrêté, le dimanche matin en allant chercher le pain. « Hey mais c’est vous qui m’avez mis une contravention hier ! J’étais qu’à 53 km/hr hein ! » M’voyez. Pas envie non plus que les voisins deviennent désagréables dans l’ascenseur. Pour cette même raison, il ne porte jamais son uniforme en dehors des heures de taf. Je ne l’ai donc jamais vu en tenue (enfin sauf les menottes…. ). C’est aussi pour cette raison qu’il ne dit jamais de prime abord qu’il est flic. On dit qu’il est fonctionnaire, ce qui est vrai en soi. C’est plutôt un mensonge par omission ! Quand je dis que mon mec est flic, j’ai droit aux habituels « il va pouvoir me faire sauter mon amende hahaha » (et bah non, désolée, mais il ne peut pas), ou à un sympathique « les flics c’est tous des connards ! ». Ambiance.

N’allez pas croire qu’il n’assume pas son boulot. Même si on ne peut pas dire que ce soit une vocation (les pubs pour le recrutement de la police nationale nous font beaucoup rire!), il aime quand même bien son job. Mais disons que dans la situation actuelle, être flic ce n’est pas facile, et il n’a pas franchement envie de se prendre des cailloux dans la tronche. Je ne vais pas entrer dans la polémique, mais sachez juste que les médias (coucou BFM !) montrent bien ce qu’ils veulent…

Femme gendarme

Les inconvénients du métier

Mon mec ne risque pas sa vie tous les jours, pour l’instant il a un poste assez tranquille à Police Secours (quand vous appelez le 17 parce que vos voisins font trop de bruit, c’est eux). Enfin sauf la fois où il s’est fait mordre par un homme qui avait la gale. Et la fois où ils ont couru après un homme à poil dans la rue. Tranquille quoi. Quand il part le matin, je sais que je vais le retrouver le soir. Si ça n’avait pas été le cas, je n’aurais sans doute pas accepté son taf aussi facilement.

En fait, à part quelques anecdotes, je ne sais pas ce qu’il fait de ses journées. Il n’en parle pas.  Pour ne pas m’inquiéter, parce qu’il n’a pas le droit (surtout quand il est au tribunal), parce qu’il est fatigué, ou juste parce qu’il n’a pas envie d’y repenser. Du coup, je parle pour deux (moi, bavarde ? Noooon….)

Mais le plus dur, c’est les horaires. Il est fonctionnaire, oui, mais il n’a pas vraiment les horaires qui vont avec ! Il travaille en 4-2 : quatre jours de boulot, deux jours de repos, et ainsi de suite. Donc il a souvent ses « week-end » en pleine semaine pendant que moi, ses potes, sa famille, on bosse. Et il bosse pendant les vrais week-end. Dans ces conditions, ça devient vite compliqué d’organiser une sortie à Ikea !

En plus de ça (comme si ça ne suffisait pas), il est soit du matin, soit du soir : certains jours il part de la maison vers 6h quand je dors encore, et d’autres jours il rentre à minuit, quand je dors déjà. Ah, et j’oubliais, il part parfois en formation pendant plusieurs mois. Du coup, on a des semaines à trous et des week-end en pointillés.

Cet emploi du temps un peu particulier a beaucoup d’inconvénients mais aussi des avantages. On est contents de se retrouver, quand on a une soirée en commun on en profite, on va au restau ou on se fait un film sous la couette. Des vrais moments de bonheur ! Autre avantage : quand il est en service j’ai la maison pour moi tout seule. Avoir le choix du programme TV, passer trois heures dans la salle bain, prendre toute la place dans le lit… Toi même tu sais.

l'uniforme de gendarmerie

Et puis, tout a changé…

Au moment d’écrire ces lignes, mon chéri était en formation à Nîmes après avoir réussi un concours, dans le but de changer de poste. Il faut savoir que 1) on ne sait pas où il sera affecté (ça peut être à côté de la maison ou à l’autre bout de l’Ile-de-France, et 2) une fois la formation terminée, il devrait rester 5 ans à ce poste sinon il devrait rembourser sa formation (près de 14 000€) à la police. Cool hein ? Et puis je lui ai fait lire mon article… Il m’a appelé le soir même pour me dire “Tu sais mon coeur, tu écris que tu es sûre que je vais rentrer tous les soirs mais ce n’est pas vrai. Il peut m’arriver n’importe quoi en intervention (…) je t’ai rien dit parce que je ne voulais pas t’inquiéter” euh… what ?? A ce moment là mon estomac a fait un double looping arrière. J’ai pris ça en pleine face, j’ai réalisé brutalement que j’avais été bien naïve de croire qu’il ne faisait que des vols à l’étalage et du ramassage de mec bourré. Il m’a aussi avoué, même si je le sentais déjà, que son boulot ne lui plaisait pas tant que ça mais qu’il se plaignait pas pour ne pas m’embêter.

Et puis le 14 juin en allumant ma télé j’ai vu aux infos (coucou iTélé !) qu’un policier avait été assassiné devant chez lui, en rentrant du taf. Il était en civil, il n’avait pas son arme. Ça aurait pu être mon mec.

les menottes

Edit :  depuis la rédaction de cet article, on a donc beaucoup discuté, on a pesé le pour et le contre, on a refait nos comptes des dizaines de fois. On s’est énervé, on a pleuré, on a paniqué… Et finalement il a pris sa décision. Il a décidé de partir. De ne plus accepter ce travail dans lequel il risque sa vie alors que ce n’est même pas une vocation. De ne plus accepter les horaires décalés. Il a démissionné et maintenant il va beaucoup mieux, il a retrouvé un boulot et le sourire.

Sophie
Sophie

Sophie, 28 ans, est ce qu'on appelle communément une "écolo relou". Adepte du zéro déchet et pratiquant le véganisme, elle sort parfois de sa grotte verte pour aller au cinoche ou partir à la recherche de graines de pavot en vrac. Elle voue un véritable culte aux transports en commun et aime y observer la faune et la flore parisienne.

4 commentaires
    1. Et nous donc… Je peux te dire que ce matin là quand j’ai vu les infos j’étais vraiment pas bien. D’ailleurs, quelques jours plus tard, ils ont fait un cours de self-défense agression au couteau à l’école… :/

  1. Un article qui me touche beaucoup puisque je me trouve dans la même situation.
    A quelques différences près: j’ai toujours su que mon compagnon pouvait risquer sa vie à chaque nuit (car il travaille de nuit, et également en 4-2, je connais les “joies” d’une vie différée) et c’est pour lui une vocation, la seule chose qu’il veut faire depuis tout petit. Alors j’accepte…

    1. Si c’est une vocation ça se passera beaucoup mieux je pense. Ce genre de métier, faut vraiment avoir la foi sinon c’est pas la peine. Mais dans tous les cas, on doit avoir le coeur bien accroché. Je suis soulagée qu’il arrête…

J'en pense que :

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