Lettre ouverte à mon copain, qui nous a quitté

À 22 ans, M. (nous ne citerons pas son prénom) a perdu son petit-ami. Elle s’est battue de toutes ses forces, en vain. Afin que la situation ne reste pas inconnue et pour permettre à d’autres d’agir ou de réagir, elle écrit cette lettre ouverte.

Si je m’adresse à vous aujourd’hui dans cette lettre ouverte, c’est pour que plus jamais une telle situation ne se perpétue.
Aujourd’hui, je viens d’apprendre le décès de mon copain. La nouvelle a été incompréhensible pour moi, l’est toujours, et le restera jusqu’au jour où je comprendrais ce que ça veut dire.

Mon copain était dépressif depuis 3mois, après 4 mois d’une vie commune idyllique. Dépression déclenchée par l’angoisse de son travail. J’ai dû tirer la sonnette d’alarme, appeler les secours, l’accompagner aux rendez-vous médicaux, gérer les papiers administratifs, parce que sa famille vivait à plusieurs heures de là … Et croyez-moi, à 22 ans, on est tout sauf prêts à ça.

Je n’ai pas une seule fois vu un quelconque médecin pour savoir quoi faire, comment me comporter. Je ne faisais pas partie de la famille : rideau ! J’ai essayé d’assumer la charge avec le plus de courage et de dignité possible. D’être forte, disponible, présente, protectrice. Sa famille est venue, le poids s’est quelque peu allégé.

Il est ensuite parti un mois loin de moi, dans un hôpital psychiatrique plus proche de sa famille. Un mois d’isolement, où les nouvelles étaient détournées et filtrées jusqu’à moi. Un moment très dur. Et ce moment s’est terminé pour moi en larmes de bonheur le jour où il m’a rappelé pour me dire qu’il allait mieux, et que nous deux, ça continuait.

La vie a repris progressivement son cours, il voulait revenir vers moi. Les seules conditions était qu’il continue son traitement, les visites médicales régulières et … qu’il reprenne son travail. Il reprenait espoir, se sentait mieux. Le phénix renaissait de ses cendres.

Jusqu’à la reprise. Reprise du travail, reprise des angoisses, démission, angoisse de ne plus avoir de revenus et de ne plus pouvoir continuer. J’ai été là. Humaine et imparfaite, mais là. Je me suis démenée avec les moyens du bords à le faire sortir, positiver… Et j’ai échoué. On aura tous le sentiment d’avoir échouer. On aura tous ce sentiment de culpabilité. On aura tous les « et si », « et si j’avais fait ça » … Mais c’est trop tard.

Pourtant, je pense qu’une grande partie de la responsabilité vient du manque de soins et d’accompagnement des patients. Je ne blâme pas les gens sur le terrain, parce qu’ils sont sûrement surmenés et se démènent certainement avec le peu de moyens et de personnels qu’ils ont. Toujours est il que je me suis sentie abandonnée. Abandonnée toutes les fois où j’ai contacté l’hôpital, les médecins, pour avoir des réponses à mes questions et avoir des nouvelles. Abandonnée, quand j’ai pris le téléphone, deux jours d’affilés pour joindre son psychiatre et le prévenir de sa démission et de sa rechute. Abandonnée encore, quand j’attendais fébrilement et vainement qu’il m’appelle. Abandonnée face à une maladie dont je ne connaissais rien…

On est incapables de savoir ce qui est bon ou pas. Ce qu’il faut dire et faire ou pas.
La seule aide qu’on peut avoir serait celle des professionnels, et pour je ne sais quelles raisons, il ne nous aident pas.
Je ne sais pas à quel point je serais entendue, mais je vous en supplie aidez-nous, avant qu’il ne soit trop tard. Soutenez-nous. Parce qu’une fois que c’est fait, il ne reste plus rien que la culpabilité qui vous ronge.

Alors voilà où j’en suis, avec le sentiment d’être et d’avoir été seule.

J’essaye de penser à tout ce qui a été beau, de me rappeler de tout ce qu’on s’est dit. J’essaye de l’imaginer libre de toutes pressions, enfin bien. Parce qu’on ne vient pas à ce genre de geste sur un coup de tête, mais bien quand on pense qu’on a plus de choix.

Je suis désolée mon amour… J’aurais tant voulu faire mieux. J’aurais tant aimé que tu sois heureux, que nos rêves se concrétisent. Je t’aime malgré tout. Je ne t’en veux pas. J’ai vu et entendu ta détresse. Je comprends que tu as souffert. Je sais que tu ne m’en veux pas non plus, tu as été tellement compréhensif avec ton entourage. Mais on n’avait pas les armes… J’espère que tu vas mieux maintenant. Je suis désolée. Je t’aime.

Je n’en parle quasiment pas, mais j’ai une grosse pensée pour sa famille. Nos relations ont été tendues ces derniers temps, mais je sais que pour eux, ça a été un vrai cauchemar, et que ça le sera sûrement tout le reste de leur vie. Je leur souhaite tout ce qui est possible au monde pour que leur peine s’allège…

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2 commentaires
  1. Je suis très touchée par cet article, en tant que personne et révoltée aussi en tant que psychologue. Ce témoignage tire la sonnette d’alarme sur la qualité des prises en charge. Environ 9 mois d’attente avant d’avoir un RDV dans un CMP pour voir un psychologue ou un psychiatre, c’est inadmissible. Des consultations en libéral hors de prix. Comment faire notre travail avec si peu de moyen ? Comment aider les personnes dans ces conditions…? Nous aussi, on se sent parfois impuissants.
    Je suis tellement désolée pour M et son petit ami… Elle a tout essayé, tout donné et il n’y a aucun regret à avoir. C’est une bataille qu’on ne peut pas livrer seule. Le temps va apaiser son deuil.

    C’est justement pour ce genre de situation que j’ai décidé de faire mon blog de psy http://la-parenthese-psy.com/ afin de donner des réponses.

J'en pense que :

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